Environnement économique - Février 2026
Temps de lecture : min
Regain d'incertitudes
Nos Perspectives Économiques et Financières
L’activisme des États dans leur objectif affiché de reconquête de souveraineté se traduit par des soutiens substantiels aux secteurs jugés stratégiques et une compétition accrue pour l’accès aux ressources. Ces démarches s’inscrivent dans un environnement mondial moins coopératif où les politiques monétaires demeurent contraintes par un environnement structurellement plus inflationniste. Aux Etats-Unis, l’administration actionne de nombreux leviers pour appuyer la reprise en main de l’économie par le politique. Au-delà des droits de douane et des prises de participation dans les secteurs stratégiques, le regard du politique se porte sur la banque centrale avec l’objectif d’aligner davantage la politique monétaire sur le projet économique de l’administration. En Europe, les marges de manœuvre des Etats sont limitées par le champ des compétences de l’UE. En France, l’instabilité politique fait peser un risque sur sa dette publique, une situation susceptible de mettre à l’épreuve la souveraineté du pays dans ses décisions budgétaires.
Après des semaines de montée des tensions, les États-Unis ont décidé, conjointement à Israël, de bombarder l’Iran le dernier jour du mois de février. L’armée iranienne a répondu par des frappes dans plusieurs pays du Golfe arabo-persique et en fermant le détroit d’Ormuz, par lequel transite la plus grande partie du pétrole extrait dans la région. Par ailleurs, la Cour suprême des États-Unis a annulé une partie des droits de douane imposés par l’administration Trump, qui a répondu en utilisant un autre texte de loi pour continuer à taxer les importations. La Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre ont laissé leurs taux directeurs inchangés en février. En zone euro, l’inflation est passée sous la cible de la BCE en janvier, essentiellement sous l’effet d’un moindre recul des prix énergétiques. Sur le marché des changes, l’euro s’est déprécié de 0,96% sur le mois contre le dollar, à 1,1805. Le prix du baril de Brent a augmenté de 2,53% par rapport au mois précédent, à 72,48$.
Aux États-Unis, la Cour suprême a annulé les droits de douanes instaurés par l’administration Trump en utilisant l’International Emergency Economic Power Act, soit les droits de douane « réciproques » et ceux liés au trafic de fentanyl. La Maison Blanche a aussitôt annoncé leur remplacement par une nouvelle taxe générale sur les importations de 10%. Le compte-rendu de la dernière réunion du comité de politique monétaire (FOMC) indique que, malgré son recul en janvier (à 2,4% sur un an), la plupart des participants estiment que le risque d’une inflation durablement supérieure à l’objectif de 2% était significatif. Dans le même temps, l’activité économique reste solide : le PIB n’a ralenti au quatrième trimestre qu’en raison de la contraction des dépenses publiques provoquée par la longue période de fermeture des administrations fédérales faute d’un accord budgétaire. L’investissement reste soutenu par le développement de l’intelligence artificielle et la consommation des ménages continue à progresser. Enfin, la fin du mois a été marquée par les bombardements massifs de l’Iran, de concert avec Israël, qui ont été suivis d’une réponse de l’Iran dans l’ensemble du Golfe arabo-persique, ravivant les craintes de tensions sur les prix de l’énergie.
Au Royaume-Uni, l’inflation a diminué en janvier, à 3,0%, malgré la dynamique toujours soutenue des prix des services. Ces derniers se nourrissent de la hausse toujours importante des salaires, en dépit de signes de ralentissement du marché du travail : le taux de chômage progresse alors que les entreprises diminuent leurs embauches. Dans ce contexte, la Banque d’Angleterre a laissé son taux directeur inchangé, tout en signalant qu’une baisse est probable lors de la prochaine réunion de son comité de politique monétaire. La situation politique reste complexe, mais Keir Starmer ne devrait pas être défié par ses concurrents du parti Travailliste avant la vague d’élections locales prévues en mai.
En zone euro, l’inflation a sensiblement diminué, à 1,7% en janvier. Ce recul n’a toutefois pas surpris les banquiers centraux européens, en raison des mouvements de prix de l’énergie entre les débuts d’année 2025 et 2026. Ils ont ainsi laissé leur politique encore inchangée. Les données disponibles continuent à alimenter le scénario d’une activité qui résiste, mais sans accélérer franchement. En Allemagne, néanmoins, les premiers signes de l’impact du changement de politique budgétaire sont visibles dans les détails du PIB du quatrième trimestre ainsi que dans les résultats d’enquêtes auprès des entreprises. En France, le passage du budget 2026 permet une accalmie dans la crise politique, même si rien n’est réglé et que la crise reste ouverte. Sur le plan commercial, la Commission européenne a décidé que l’accord commercial avec le Mercosur pouvait entrer en vigueur de manière provisoire, en attendant que la Cour de justice de l’Union européenne statue sur sa comptabilité avec les traités européens. Réunis en séminaire informel, les chefs d’Etats et de gouvernements des pays de l’Union européenne ont réitérer leur volonté de réaliser le marché unique, de renforcer la compétitivité des entreprises européennes et d’œuvrer à renforcer l’autonomie stratégique européenne, mais les méthodes et les sujets prioritaires sont loin de faire l’unanimité. La BCE a élargi l’accès à son dispositif de fourniture de liquidités en euro. Celui-ci est désormais ouvert en permanence à presque toutes les banques centrales tierces. Cette décision est destinée à renforcer le rôle international de l’euro.
En Chine, la majorité des provinces ont fixé des objectifs de croissance inférieurs à ceux de l’année dernière. Les pressions déflationnistes continuent d’affecter les prix à la production (-1,4% sur un an en janvier), alors que les prix à la consommation n’affichent toujours qu’une progression modérée (+0,2% sur un an). La Banque populaire de Chine a décidé de rendre plus facile la spéculation à la baisse sur le renminbi en supprimant l’obligation de dépôt de réserve pour les banques qui vendent la devise chinoise à terme. Au Japon, l’inflation est repassée en janvier sous l’objectif de la banque centrale, à 1,5% sur un an. La première ministre, qui a gagné son pari des élections anticipées, souhaite qu’une politique monétaire accommodante accompagne sa politique budgétaire de soutien à l’activité, le regain de croissance permettant une baisse du ratio de dette publique. Elle a, pour cela, choisi des économistes en accord avec sa volonté pour remplacer deux membres du directoire de la Banque du Japon dont les mandats arrivent à échéance fin mars et fin juin. Par ailleurs, après la décision de la Cour suprême des Etats-Unis sur les droits de douane, le gouvernement japonais a déclaré que l’accord bilatéral négocié devrait s’appliquer. D’ailleurs, les premiers investissements, pour un montant de 36Mds$, ont été signés dans le cadre de la promesse d’investir 550Mds$ aux Etats-Unis.
Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China.
Rédigé par
Jean-Louis MOURIER
Analyste macroéconomique
2 mars 2026