Environnement économique - Mai 2026

Environnement économique

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Le conflit au Moyen Orient affecte l’inflation et l’activité économique

Nos Perspectives Économiques et Financières

Les récents événements au Moyen-Orient s’inscrivent dans la montée de la conflictualité que nous décrivons depuis plusieurs années, qu’elle soit commerciale ou militaire. Les blocs régionaux s’affirment et le politique reprend le dessus pour protéger souveraineté et intérêts stratégiques. Dans ce contexte, le triptyque « se défendre, innover, sécuriser » devient central : défendre ses intérêts, innover pour rester compétitif et sécuriser financements comme approvisionnements en énergie et matières premières. Cette dynamique exige des investissements massifs dans un monde très endetté. États, entreprises et ménages doivent s’adapter à des marges de manœuvre réduites, à des inégalités croissantes et à un modèle de croissance peu créateur d’emplois. La hausse des coûts réels de financement et l’arrivée de nouveaux emprunteurs questionnent la soutenabilité de l’endettement, tout comme le développement rapide et coûteux de l’écosystème de l’IA.

Le mois de mai a été marqué par la poursuite du conflit au Moyen-Orient, les prévisions de croissance et d’inflation se dégradant avec l’allongement de la durée de fermeture du détroit d’Ormouz. Alors que les taux d’inflation ont, partout, été affectés par la hausse des prix du pétrole et d’autres matières premières, l’impact sur l’activité économique, plus important en Asie et en Europe qu’aux Etats-Unis, commence à être visible, notamment dans les résultats d’enquêtes, même si le secteur manufacturier semble porté par la constitution de stocks de précaution. Dans ce contexte, les banques centrales surveillent attentivement la diffusion de la hausse des coûts de production des entreprises dans l’ensemble de l’économie. Par ailleurs, la rencontre tant attendue entre Xi Jinping et Donald Trump s’est avérée décevante, tant sur le plan diplomatique que sur le plan commercial. Sur le marché des changes, l’euro a baissé de 0,50% sur le mois contre le dollar, à 1,1644. Le prix du baril de Brent a chuté de 19,3% par rapport au mois précédent, à 92,05$.

 

USAL’inflation a nettement augmenté aux Etats-Unis en avril, à 3,8% sur un an contre 3,3% le mois précédent. L’accélération des prix des dépenses personnelles de consommation est désormais observable au-delà de la hausse des prix des produits énergétiques. Hors énergie et alimentation, l’inflation sous-jacente a ainsi augmenté également à 3,3%. La hausse des prix commence à peser sur la dynamique de consommation des ménages. Toutefois, l’activité résiste tant dans les services que dans l’industrie, permettant de limiter la dégradation du marché du travail. Face à ces constats, le discours du comité de politique monétaire (FOMC) a continué à évoluer. Plusieurs de ses membres souhaitent que le biais à la poursuite de la baisse des taux directeurs soit retiré. C’est dans ce contexte que Kevin Warsh a pris ses fonctions à la tête de la banque centrale après que le Sénat a eu entériné sa nomination. Par ailleurs, l’administration Trump a subi un nouveau revers dans la mise en œuvre de sa politique commerciale, un tribunal ayant jugé illégaux les droits de douane de 10% mis en place en février après l’annulation des « droits réciproques » par la Cour Suprême.

 

EuropeAu Royaume-Uni, l’entrée en vigueur du budget 2026-2027 a permis d’amortir l’impact de l’envolée des cours du pétrole sur l’inflation : cette dernière a reculé en avril, à 2,8% contre 3,3% le mois précédent. Parallèlement, le PIB a progressé de 0,6% au premier trimestre, grâce à une croissance soutenue de la consommation des ménages. Mais l’attention reste concentrée sur la situation politique. Comme attendu, le Parti travailliste a nettement perdu les élections locales du 7 mai, ce qui fragilise la position du premier ministre, Keir Starmer. Il pourrait être défié par l’aile gauche de son parti qui, si elle arrivait au pouvoir, serait susceptible d’appliquer une politique budgétaire plus généreuse, et donc de creuser le déficit public.

En zone euro, l’inflation a continué à progresser en avril (3,0%). Toutefois, l’inflation sous-jacente a légèrement diminué, grâce au ralentissement des prix des services. Les banquiers centraux européens s’apprêtent à durcir leur politique monétaire pour couper court au risque de diffusion du choc énergétique via des effets indirects et de second tour. La dégradation de la situation économique, visible dans les résultats d’enquêtes mais aussi dans les statistiques d’activité industrielle, a conduit à des révisions à la baisse des prévisions de croissance de l’activité, notamment par la Commission européenne. Consciente de la faiblesse de la conjoncture économique, la Banque centrale européenne semble vouloir se concentrer sur sa mission première, qui est de lutter contre l’inflation.

 

ASIEEn Chine, les indicateurs d’enquêtes sont mieux orientés, mais les statistiques d’activité du mois d’avril ont montré un ralentissement tant de la production industrielle que de la consommation des ménages ou de l’investissement. Malgré cet accès de faiblesse de l’activité économique, les indicateurs d’inflation continuent à se redresser (+1,2% sur un an pour les prix à la consommation en avril). Certes, ce mouvement reflète essentiellement l’envolée des prix énergétiques, mais l’accélération des prix à la production et des composantes « prix de vente » des enquêtes indique que les pressions déflationnistes s’estompent. Au Japon, les mesures gouvernementales ont permis, jusque-là, de limiter la hausse de l’inflation provoquée par le choc pétrolier. L’inflation a même reculé en avril (à 1,3%) et l’inflation sous-jacente est repassée sous l’objectif de la banque centrale. Malgré cela, cette dernière estime que le risque d’accélération des prix dépasse celui de ralentissement de l’activité et s’apprête à poursuivre son mouvement de relèvement progressif de son taux directeur.

 

 

Sources des données : Datastream, Bloomberg, US Bureau of Labor Statistics, US Bureau of Economic Analysis, Office for National Statistics, Eurostat, BCE, S&P Global, Statistics Bureau of Japan, Japan Cabinet Office, National Bureau of Statistics of China. 

Rédigé par

Jean-Louis MOURIER 
Analyste économique
Le 1er juin 2026