Le regard du gérant - Air France lâche du lest avant l’orage
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Après d’âpres mois de négociations et le recours à l’article 49.3 de la Constitution, la France s’est enfin dotée d’un budget pour l’année 2026.
Si cette annonce a été saluée par les marchés financiers, elle a également été particulièrement bien accueillie par le géant du transport aérien Air France-KLM. En effet, ce budget 2026 intègre un amendement discret (n°II-3592), ajouté en novembre dernier, qui autorise l’État français à effacer ses créances envers Air France-KLM. Celles-ci avaient été mises en place en 2023 pour soutenir le Groupe à la sortie de la pandémie. Avec l’aval de la Commission européenne, l’État pourrait ainsi alléger la dette d’Air France de 727,8 M€, laquelle s’élevait à 15,5 Mds€ fin 2025. Au-delà de l’assainissement bilantiel, l’abandon de ces créances réduirait aussi les coûts financiers du Groupe.
Si ces titres super-subordonnés n’ont pas de date de remboursement (obligations perpétuelles entièrement détenues par l’état), leur coupon annuel reste toutefois élevé (7,25 % à 8,125 %), ce qui représente un coût annuel de presque 60 M€. Ces coupons sont de plus, sujets à des hausses progressives à partir de 2029 (« step-up coupon »), augmentant donc leurs coûts. La validation de cet amendement par l’intermédiaire du budget français représente alors une aubaine pour le Groupe, notamment vis-à-vis de ses concurrents européens.
En parallèle de cette belle surprise, Air France-KLM vient de publier de bons résultats au T4 2025, avec des revenus en hausse de 7 % sur un an et des marges qui restent stables. La trajectoire ascendante du Groupe est visible depuis le début de l’année, avec la bonne tenue de sa dernière émission obligataire en janvier. Cette obligation de maturité 2031 a été émise à un taux de 4 %, soit 40 pb de resserrement par rapport aux discussions initiales. La prime de risque de cette même obligation (contre l’obligation allemande de référence) continue de bien performer en baissant de 14 pb à 142 pb fin février, soit un taux équivalent de 3,72 %.
L’allègement de l’endettement du Groupe, conjugué à ses bons résultats récents, devrait être apprécié, alors que le secteur du transport aérien traverse une période de turbulence depuis l’embrasement du Moyen-Orient et le début du conflit en Iran. L’annulation des vols, les destructions dans les infrastructures aéroportuaires et l’envolée des prix du kérozène risquent de fragiliser les acteurs du secteur.
Comme nous l’expliquons dans nos Perspectives Économiques et Financières, dans un monde moins coopératif et marqué par des tensions géopolitiques croissantes, les acteurs considérés comme stratégiques bénéficient d’un soutien accru de la part des États. L’exemple d’Air France-KLM illustre parfaitement cette volonté des États de renforcer leur souveraineté.
Rédigé par
Tanguy JOUANNEAU
Gérant OPC Taux