"OnDécrypte l'Hebdo" - Défense Européenne : des ambitions encore en attente de matérialisation

Perspectives Économiques et Financières

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La semaine dernière s’est tenu à Paris le salon Eurosatory, rendez-vous incontournable des acteurs de la défense et de la sécurité.

L’édition de cette année a confirmé la dynamique à l’œuvre dans le secteur : une forte affluence, une présence accrue des délégations internationales et une visibilité importante donnée aux innovations technologiques, notamment dans les domaines des systèmes autonomes, du cyber et de l’intégration des capacités. Elle a également été marquée par des annonces de partenariats et de coopérations industrielles, à l’image du rapprochement entre Rheinmetall et l’américain Anduril dans les systèmes de lutte anti-drones, illustrant à la fois l’accélération des enjeux technologiques et le rôle du salon comme plateforme de mise en relation et de préparation des futurs contrats. Au-delà de cet apparent dynamisme, l’écart qui subsiste entre les ambitions affichées par les États européens et leur traduction économique concrète interpelle.

Depuis le début de l’année, le secteur de la défense ne surperforme pas les indices actions européens, après une période de forte revalorisation liée au déclenchement du conflit en Ukraine. Cette évolution peut surprendre au regard des annonces répétées d’augmentation des budgets militaires sur le continent. Plusieurs facteurs permettent néanmoins d’expliquer cette situation. D’abord, la diffusion des plans d’investissement dans l’économie réelle reste progressive : entre les annonces politiques, la validation budgétaire et la transformation en commandes fermes, les délais sont importants. Ensuite, des interrogations émergent sur les capacités de financement de certains pays, à l’image du Royaume-Uni, où les contraintes budgétaires limitent la visibilité sur la trajectoire de dépenses à moyen terme contrairement à ce qui avait été annoncé initialement du DIP (« Defence Investment Plan »). Par ailleurs, les industriels sont engagés dans une montée en capacité de production qui nécessite des investissements significatifs et prend du temps à se traduire en volumes livrés. La matérialisation des attentes élevées en est donc d’autant plus retardée.

Cette phase de transition contribue également à une plus grande différenciation entre les acteurs du secteur. Les entreprises les mieux positionnées sur les segments en tension ou disposant d’une base industrielle solide bénéficient d’une meilleure visibilité, tandis que d’autres restent exposées à des effets d’attente ou à des contraintes opérationnelles. Cette hétérogénéité se reflète dans les performances boursières et explique en partie l’évolution plus mesurée du secteur dans son ensemble. Pour autant, les fondamentaux restent bien orientés. Les besoins en matière de défense et de sécurité continuent de croître dans un contexte géopolitique dégradé, et les États européens ont engagé une trajectoire d’augmentation durable de leurs budgets. Dans ce cadre, l’abandon du projet de développement d’un futur avion de combat européen commun constitue un signal négatif pour la construction d’une Europe de la défense intégrée. Il illustre les difficultés persistantes à coordonner des intérêts industriels et stratégiques parfois divergents au sein de l’Union. Une situation qui pourrait néanmoins stimuler l’innovation européenne tandis que les priorités affichées par les entreprises lors du salon autour de l’interopérabilité des systèmes et de l’importance d’être le plus agnostique possible en termes de plateformes viennent compenser en partie le manque de développement commun.

Le secteur de la défense demeure un pilier essentiel de la souveraineté européenne. La montée en puissance des investissements, même progressive, et la nécessité de renforcer l’autonomie stratégique du continent soutiennent cela. Au sein de nos Perspectives Economiques et Financières et de notre grille de lecture d’un monde de plus en plus conflictuel, nous restons convaincus de la pertinence de la thématique, en privilégiant une approche sélective afin de capter les opportunités offertes par un secteur en pleine évolution.

Rédigé par
Julien CHEVALIER

Julien Chevalier
Responsable du pôle Gestion Actions Europe

 

Sommaire

Analyse de l’évolution des marchés :
  • Obligataire par Yaël KABLA
  • Actions Europe par François-Xavier de GOURCY
  • Actions Internationales par Sophie PONS-DUBLANC
Analyse Suivi Macroéconomique :
  • États-Unis et Asie par Sébastien BERTHELOT
  • Asie par Jean-Louis MOURIER
  • Focus : Réserve fédérale - changement de direction par Sébastien BERTHELOT
  • Europe par Éloïse GIRARD-DESBOIS et Jean-Louis MOURIER