"OnDécrypte l'Hebdo" - Défense, Sécurité, Spatial
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Découvrez l'intégralité de notre suivi des marchés de la semaine - 23 mars 2026
Dans la construction de nos dernières Perspectives économiques et financières, nous avons remis en avant notre préférence pour les secteurs stratégiques au sein de nos investissements, encore plus dans le contexte de tensions géopolitiques exacerbées que nous traversons aujourd’hui. Au cœur de ces secteurs se trouvent notamment les segments d’activité liés à la défense, à la sécurité et au spatial. Assurer leur défense et leur sécurité permet aux États de conserver leur liberté d’action et leur autonomie en termes de prises de décision. Une brique nécessaire dans leur quête de souveraineté.
Les données publiées par le SIPRI au début du mois de mars confirment cette tendance. L’institut international de recherche sur la paix de Stockholm est une organisation indépendante qui fait référence quand il s’agit de suivre l’évolution des dépenses militaires dans le monde et d’analyser les échanges entre les différentes zones et pays. Son dernier rapport souligne la transformation à l’œuvre dans les flux internationaux d’armements, une conséquence directe du déclenchement du conflit entre la Russie et l’Ukraine en 2022. L’Europe est ainsi devenue la première région importatrice au monde. La période 2021‑2025 a enregistré une multiplication par trois de ses importations par rapport aux quatre années précédentes (2016‑2020). L’Ukraine et la Pologne figurent d’ailleurs parmi les premiers importateurs de la zone.
Parallèlement, certains pays européens s’affirment comme exportateurs majeurs, la France devient le deuxième exportateur mondial tandis que l’Allemagne et l’Italie renforcent également leur position. Paradoxalement, la majorité de ces exportations reste néanmoins destinée à des régions extérieures à l’Europe, on pense par exemple à l’Inde pour la France.
Malgré les efforts mis en place pour développer l’industrie de défense européenne, les États‑Unis fournissent encore près de la moitié des armes importées dans la zone.
Comment expliquer cet état de fait ?
Au‑delà des choix politiques de certains pays, c’est surtout le temps nécessaire pour voir la base industrielle et technologique de défense européenne se mettre en ordre de marche qui en est à l’origine. Les programmes mis en place par la Commission européenne comme SAFE (Security Action For Europe) fonctionnent, ils ont été entièrement souscrits par les États membres et les premiers projets sanctionnés. Rappelons que 65 % de la valeur des équipements financés par SAFE doit être produite sur le sol européen et que ces achats doivent s’inscrire dans des actions communes entre les États afin de renforcer la coopération. Du côté allemand, on observe également de fortes accélérations des commandes dans certains segments précis comme les véhicules militaires ou les munitions. Une accélération qui s’est matérialisée dès la validation du budget en fin d’année dernière.
Maintenant, il est nécessaire que ces commandes commencent à irriguer l’ensemble de la chaîne de production, malgré certains goulets d’étranglement que nous avions déjà identifiés dans notre analyse : main‑d’œuvre qualifiée, matières premières, outil industriel à développer.
Cela explique d’ailleurs la performance en demi‑teinte du secteur en Europe depuis plusieurs mois ainsi que la volatilité observée notamment au moment des publications de résultats. Les flux sur cette thématique se sont concentrés sur le premier semestre de l’année dernière et les multiples de valorisation reflètent des attentes élevées en termes de croissance de l’activité. À l’image d’autres secteurs stratégiques que nous privilégions dans nos investissements, cela ne doit pas se faire sans toute l’agilité nécessaire pour s’adapter à un marché dont les performances restent concentrées.
Rédigé par
Julien CHEVALIER
Responsable du pôle Gestion Actions Européennes
Sommaire
Analyse de l’évolution des marchés :
- Obligataire par Charles LEPIC
- Actions Europe par Chicuong DANG
- Actions Internationales par Jean Dominique SETA
- Le regard de l'analyste par Cyril BRUNET
Analyse Suivi Macroéconomique :
- États-Unis par Sébastien BERTHELOT
- Asie par Jean-Louis MOURIER
- Europe par Eloïse GIRARD-DESBOIS et Jean-Louis MOURIER
- Focus : la guerre au Moyen-Orient rebat les cartes pour les banques centrales par Jean-Louis MOURIER