"OnDécrypte l'Hebdo" - L'État américain, capital-investisseur au service de sa propre souveraineté

Perspectives Économiques et Financières

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Alors que le conflit au Moyen Orient continue de monopoliser l’actualité des marchés financiers, en toile de fond, la sécurisation des chaînes de valeur critiques s'affirme comme le fil conducteur de la politique économique de l’administration américaine.

Ainsi, la Maison Blanche accélère la mise en œuvre de sa politique d'autonomie industrielle à travers la mobilisation inédite de capitaux orientés vers des projets de sécurisation de l’accès aux matériaux critiques. C’est ainsi que plus de 20 Mds$ ont été engagés à travers une soixantaine de projets majeurs. L’année 2025 avait marqué un tournant avec les financements obtenus par MP Materials et Vulcan Elements pour la production de terres rares et d’aimants permanents (via des prises de participation au capital et des prêts). Des projets d’autant plus importants que l’actualité géopolitique récente (visite de Donald Trump en Chine) n’a en rien modifié la feuille de route américaine. La nécessité de s'affranchir des monopoles de raffinage asiatiques demeure absolue. 

Cependant, les défis industriels restent nombreux et l'organisation concrète de ces filières s'avère aussi complexe que nécessaire. Les récentes décisions de l'État américain illustrent la poursuite de ce volontarisme, à l'image de l'antimoine, composant sans substitut viable pour de multiples usages militaires. L'EXIM Bank (banque américaine de l’import - export) vient ainsi de valider une enveloppe de financement de 2,9 Mds$ en faveur de la société Perpetua Resources pour son projet dans l'Idaho, illustrant le déploiement de l’initiative "Make More in America" (une initiative mise en place sous le président Biden qui permet à l’EXIM Bank de financer directement des projets sur le sol américain). D’autres matériaux jugés prioritaires captent désormais de lourds investissements, tels que le graphite (troisième rang des financements américains avec 3,5 Mds$ alloués), le tungstène (1,9 Mds$ alloués, toutefois les financements restent géographiquement concentrés à l’étranger) ou encore le tantale (élément critique pour l’aéronautique, dont l'extraction reste concentrée sur des zones complexes). A l’inverse, l’étain (composant indispensable à toute la connectique électronique) a capté moins de 350 mlns$ de financements publics américains. Un chiffre qui fait pâle figure face à la criticité de ce matériau dont les cours n’ont cessé de progresser récemment compte tenu des problématiques d’approvisionnement. Au delà des projets eux-mêmes, il est également intéressant de regarder la structure des financements accordés par l’Etat américain. L’analyse globale de l’enveloppe de 20 Mds$ révèle une transformation de la nature de l’interventionnisme américain. Les subventions directes pures ne représentent qu'une infime portion (moins d’un 1 Md$) face aux facilités de crédit et garanties de prêts (près de 20 Mds$) et aux investissements en capital (2 Mds$). L’État ne se comporte plus en simple bailleur de fonds à fonds perdus, mais agit en véritable investisseur. L’apport massif de dette senior à long terme ou la souscription d’actions permettent d’accélérer les projets et d’en assurer les aspects opérationnels et financiers, en cohérence avec la nature des projets miniers réputés complexes. Clairement la quête de souveraineté aligne les enjeux et moyens financiers sur la nature des projets. Enfin, cette stratégie globale d'indépendance ne se limite pas aux seules matières premières de l'amont. L’administration s'active de manière parallèle sur l'ensemble des technologies de rupture de l'aval. L'annonce la semaine dernière par le Département du Commerce d'une enveloppe de 2 Mds$ de financements et de prises de participations directes dans l'industrie du quantique confirme ce changement de paradigme économique. L'État fédéral s'impose définitivement comme le premier capital-risqueur de sa propre souveraineté, un décryptage permanent des moyens et des ambitions que les équipes de Covéa Finance analysent quotidiennement pour comprendre l’organisation des filières stratégiques et structurer nos investissements.

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L'État américain, capital-investisseur au service de sa propre souveraineté
Rédigé par

Vincent HADERER
Responsable de la gestion actions internationales

Sommaire

Analyse de l’évolution des marchés :
  • Obligataire par Mathilde GAZIER
  • Actions Europe par Sébastien LEVAVASSEUR
  • Actions Internationales par Florian THAVEL
Analyse Suivi Macroéconomique :
  • États-Unis par Sébastien BERTHELOT
  • Asie et Europe par Éloïse GIRARD-DESBOIS et Jean-Louis MOURIER