Le regard de la gérante - Laboratoires pharmaceutiques, vers une relocalisation des chaînes de production ?
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Les récents accords conclus entre l’industrie pharmaceutique et l’administration américaine sur les prix des médicaments confirment l’orientation politique
claire de Washington : maintenir une pression soutenue sur les prix tout en incitant fortement les laboratoires à produire sur le sol américain.
Les instruments mobilisés – Inflation Reduction Act (IRA), la logique de Most Favored Nation(MFN) et les droits de douane - visent à contenir la dépense de santé, mais aussi à influencer les choix industriels des groupes pharmaceutiques.
L’IRA introduit un cadre structuré de négociation directe des prix entre Medicare (un des programmes publics d'assurance santé aux Etats-Unis) et les laboratoires. Il cible principalement des médicaments matures qui génèrent une dépense publique importante. Le MFN s’inscrit dans la même logique. Il a pour objectif d’aligner les prix américains sur ceux pratiqués dans les pays comparables, tout en offrant en contrepartie une forme de stabilité réglementaire, par la limitation du recours aux droits de douane pour les laboratoires acceptant de s’engager dans des accords avec l’administration. Plusieurs grands groupes pharmaceutiques européens ont intégré cette orientation et signé des accords portant à la fois sur les prix des médicaments et sur leurs investissements industriels aux États-Unis, parmi lesquels Novartis, Sanofi ou encore AstraZeneca.
Dans ce contexte de recherche de souveraineté, le renforcement des capacités industrielles aux États-Unis apparaît comme un levier stratégique à part entière. Il répond à la fois à un objectif de réduction des risques de chaîne d’approvisionnement et à la nécessité de s’aligner avec les priorités politiques américaines. Les dynamiques observées chez les sous-traitants pharmaceutiques en apportent une illustration concrète. Lonza, acteur majeur de ce secteur d'activité, est présent sur les segments de la bioproduction et des médicamentsbiologiques. Pour son site de Vacaville, en Californie, anciennement détenu par Genentech, Lonza a rapidement signé de nouveaux contrats avec de grands laboratoires pharmaceutiques, traduisant l’intérêt marqué pour des capacités de production locale, immédiatement disponible et conforme aux exigences réglementaires américaines. De son côté, Siegfried, spécialiste de la fabrication de substances actives et de produits finis, a récemment renforcé sa présence industrielle aux États-Unis via des acquisitions ciblées. Cette stratégie a été saluée par le marché. Le cours de bourse du titre a enregistré une hausse de 13,5% le jour de l’annonce, illustrant l’intérêt des investisseurs pour une exposition accrue à la dynamique de relocalisation encouragée par l’administration américaine.
Dans ce contexte, et comme détaillé dans nos Perspectives économiques et financières, la sélectivité demeure clé avec un avantage pour les entreprises positionnées sur des maillons critiques de la chaîne de valeur, bénéficiant de cette dynamique industrielle, tout en restant moins directement exposées aux ajustements de prix des médicaments.
Rédigé par
Ambre SAADA
Gérante Mandats Actions européennes