Le regard du gérant - Le NGEU à l’heure espagnole
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L’été 2026 devait sonner le glas du programme européen NextGenerationEU (NGEU) mais certains États tentent de jouer les prolongations.
Pour rappel, ce plan de l’Union européenne (UE), lancé en 2021 et devant se terminer à la fin de cette année, entendait redynamiser la croissance après la pandémie de Covid. Afin d’y parvenir, une enveloppe conséquente de prêts et de subventions était à la disposition des États en échange de la mise en place d’investissements et de réformes. Au 31 août, les États membres devront avoir atteint l’ensemble des jalons et cibles et recevront les derniers paiements jusqu’au 31 décembre. Le résultat est en demi-teinte sur la partie « prêts » et les protagonistes tentent de trouver des solutions alternatives. Le cas de l’Espagne est intéressant. Le pays a refusé une grande partie de ses prêts. En quelques années, son coût d’emprunt a fortement convergé vers celui de l’UE, rendant moins attractif le recours à l’emprunt commun. La prime de risque de l’Espagne contre l’UE était entre 40 et 50 pb lors du lancement du NGEU. L’écart s’est fortement réduit au fil du temps pour atteindre quasiment la parité en 2026. Paradoxalement, bien qu’elle refuse les prêts NGEU devenus trop chers, l’Espagne vient de plaider pour pérenniser l’emprunt commun par la voix de son ministre de l’Économie , preuve que le problème tenait au format du programme — sa conditionnalité et ses délais — plutôt qu'à l'emprunt commun lui-même.
Néanmoins, l’enveloppe de prêts espagnole est restée dotée d’une vingtaine de milliards environ. Ne l’ayant pas utilisée dans son entièreté, l’Espagne a été autorisée à en capitaliser une partie. Cette somme sera injectée au capital de l’Instituto de Crédito Oficial (ICO), la banque publique de développement. Avec le lancement d’« España Crece »*, au début de l’année, Madrid entend se doter d’un fonds d’investissement avec une mise de départ de 13,3 Mds€. Elle proviendra des prêts et des subventions NGEU pour 10,5 Mds€ et 2,8 Mds€. La partie subvention permet à l’ICO de prêter à des conditions inférieures au marché. Sur le papier, l'opération rangera l'Espagne parmi les bons élèves, avec l'un des taux d'utilisation du NGEU les plus élevés. En pratique, c'est la reprise en main du politique sur les fonds européens. Alors que la Commission imposait un calendrier et une conditionnalité, la recapitalisation de l’ICO rend à l'État espagnol la maîtrise du tempo et de la destination des fonds. L’avantage ne s’arrête pas là : l’Espagne entend utiliser cette somme comme effet de levier. Recapitaliser l’ICO lui permettra d’avoir une capacité de financement de 60 Mds€. Concrètement, l'institut opère en investissant conjointement dans des projets via des banques partenaires ou en prêtant directement aux grandes entreprises. En attirant les capitaux privés de la sorte, ces 13 Mds€ pourraient générer jusqu’à 120 Mds€ d’investissements et stimuler une croissance espagnole déjà dynamique. La banque, dont le bilan atteignait 43 Mds€ fin 2025, se voit en capacité d’en déployer 60 à moyen terme. À l'heure où le NextGenerationEU s'éteint, l'ICO connaît une seconde jeunesse.
*« L’Espagne croît» est un fond d’investissement public-privé lancé par le gouvernement espagnol en février 2026
Rédigé par
Lucas COUVERT
Gérant Mandats Taux